Débuts dans notre activité artistique
Nous décidons donc enfin de mettre en place un atelier artistique. La première finalité de celui-ci sera l'élaboration de jeux de société faits main.
Yoana, notre tutrice, s'adresse ainsi à la directrice de l'orphelinat afin de lui expliquer notre projet. Par la même occasion, elle lui transmet la liste du matériel dont nous aurions besoin.
Quelques jours plus tard, Yoana se rend avec nous à l'orphelinat pour nous aider à proposer notre activité aux adolescents. La directrice de l'orphelinat les fait tous se rassembler au premier étage. Notre tutrice explique aux enfants la raison de ce rassemblement et c'est bientôt à moi de parler...
Je crois que je ne m'étais pas assez préparé à cet exercice. Le but est de parler en Anglais à Ani qui traduit simultanément en Bulgare à l'assistance. Je ne rentre pas assez dans le détail et je me rends compte, après cette petite réunion, que Yoana n'avait pas compris tous les aspects de l'atelier... Nous devons attendre encore quelques jours avant d'avoir une liste des enfants intéressés. Ani nous dit que les enseignants doivent prendre un peu de temps pour motiver les enfants. Après lui avoir demandé, Yoana nous assure néanmoins que la directrice de l'école trouve notre idée de conception de jeux très bonne.
En début de semaine suivante, nous débutons enfin. La première séance sera un atelier pâte à sel. Nous nous rendons donc à l'école pour la première fois, étant donné que nous aurons à y utiliser les fours. Huit adolescents se sont inscrits, ce qui était, je crois, la limite fixée par la directrice pour le nombre de jeunes suivant l'activité. L'école est à cinq minutes à pied de l'orphelinat. Il fait beau et c'est un plaisir de marcher avec les adolescents, qui semblent assez enjoués. La nouvelle vice-directrice vient avec nous pour cette première activité. Elle nous sera d'un grand secours dans le bon déroulement de l'après-midi.
Arrivés à l'école, nous pouvons commencer. Nous avions préparé une notice en bulgare expliquant la recette de la pâte à sel. Elle semble assez correcte du point de vue de la langue et cette petite fiche se montre déjà digne d'intérêt pour les enfants. Ceux-ci la commentent et se préparent à "mettre la main à la pâte". Les adolescents se mettent par deux et peuvent ainsi tous participer à l'élaboration de la pâte. Certains adolescents ont cependant cru bon de rajouter plus d'eau que ce qui était indiqué. Cela ne sert strictement à rien. Il faut simplement être patient et pétrir sagement la pâte.
Celle-ci enfin prête, il faut maintenant l'utiliser. Pour ma part, je suis assez absorbé par mes idées de jeux de société créés main. J'essaye donc de modeler des oies, des chevaux, des pions. Les deux adolescents avec qui j'ai fait la pâte suivent l'exemple. La première s'engage dans une production quasiment à la chaîne d'oies miniatures tandis que le deuxième, joueur d'échecs, essayent gentiment de faire une tour et un cheval. Mais la potentialité de la pâte à sel ne s'arrête pas là. Avec la pâte à sel, on peu aussi écrire son prénom, faire des coeurs, des bonhommes et des animaux. Bref, tout le monde s'amuse bien...
Nous mettons au four les oeuvres d'art et essayons de convenir d'une prochaine date avec les enfants et la vice-directrice pour peindre les figurines et autres réalisations... L'activité une fois achevée, je me demande si le lien avec la création de jeux de société a été compris par les enfants. Ce n'est certes pas grave que cela soit peu présent pour l'instant. Les adolescents ont pris du plaisir à cette activité et je me dis que le lien apparaîtra peut-être un peu plus tard.
Une semaine plus tard, avec le même groupe mais, cette fois-ci, sans la vice-directrice, nous retournons à l'école. Comme je le craignais, la peinture achetée par l'orphelinat ne convient pas du tout pour cette activité. C'est de l'aquarelle de premier prix qui ne recouvre pas du tout la pâte à sel. Nous avions heureusement prévu cette éventualité et nous mettons ainsi à disposition des enfants ma gouache personnelle le temps d'un après-midi.
C'est alors l'occasion pour nous d'apprendre les couleurs en Bulgare. Une fois que nous comprenons les couleurs qu'ils souhaitent utiliser, nous les aidons à faire leur mélange. Nous nous lançons alors dans la peinture des figurines et autres réalisations. Certains des jeunes n'ont très vite plus rien à peindre. Soit ils n'ont pas été inspiré lors de la dernière séance, soit ils ont eu beaucoup de peine à modeler quelques figurines. Nous leur donnons alors des figurines que nous, volontaires, avions réalisé la dernière fois. Mais certains ne sont pas emballés... Un des adolescents veut à tout prix peindre le nom d'un jeune qui n'est pas là aujourd'hui. Ce n'est pas simple de le distraire de ce projet démoniaque. Je ne trouve rien de mieux que de lui montrer mes jolies oies qui ne demandent qu'à être peintes. Il en accepte finalement une non sans rechigner.
L'activité se termine bien. Nous avons cependant du mal à expliquer à la vice-directrice ce que nous voulons faire des figurines peintes : soit les donner aux enfants tout de suite, soit attendre un peu... En fait, nous ne savons pas trop ce qui est préférable car la suite de l'activité est encore assez floue. Nous pensons qu'il est sans doute préférable de ne pas donner les pions tout de suite, afin qu'ils ne soient pas éparpillés avant que nous ayons commencer à faire les plateaux des jeux. La vice-directrice les gardera donc avec elle. Mais les autres objets connaîtront le même sort sans qu'il n'y ait de raison particulière à cela...
Ainsi se clot la première fournée de pâte à sel. Qu'adviendra-t-il de ces curieux objets ? Seront-ils gardés précieusement par les enfants ? Serviront-ils à décorer leur chambre ? Peut-être seront-ils minablement détruits par un adolescent jaloux ? Les petites oies connaîtront-elles la joie simple de se promener sur la spirale d'un plateau de jeu ? Telles étaient une partie des interrogations dévorant ma pauvre intelligence dépassée, sur le chemin du retour vers l'orphelinat...
Victor, le 26 février 2008